Bourguiba : un modèle sans suite...
Depuis hier, on vous a dit et répété à quel point Habib BOURGUIBA avait marqué de son empreinte la TUNISIE. C'est si vrai que, 13 ans après sa déposition, les caractéristiques essentielles de cet Etat, la laïcité, le droit des femmes, le souci de l'éducation, la tentative, en partie réussie, de créer une classe moyenne sont restées les mêmes à une exception près qui, il est vrai, est de taille : les libertés ont été considérablement limitées, la répression s'est aggravée et les élections ont tourné à la farce plus encore qu'il y a 20 ans. L'islamisme a été muselé à ce prix, mais la démocratie également.
Pour le reste, si la TUNISIE de l'après-BOURGUIBA n'a pas changé, c'est parce que son président, fondateur de l'Etat moderne, était allé dans le sens de l'originalité de ce pays méditerranéen autant qu'arabe. Habib BOURGUIBA avait fait installer dans la salle du Conseil des Ministres à CARTHAGE des bustes des grands hommes qui ont marqué l'histoire de ce pays, y compris les carthaginois HANNIBAL et JUGURTHA et l'un des pères de l'église catholique SAINT-AUGUSTIN. Essayez d'imaginer le spectacle dans un autre pays arabe d'un président délibérant devant la statue d'un théologien chrétien. Il est vrai que les premiers établissements commerciaux du pays avaient été fondés bien longtemps auparavant par un peuple de la mer, les phéniciens installés sur les côtes du LIBAN d'aujourd'hui.
C'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles BOURGUIBA et la TUNISIE n'ont pas fait école dans le monde arabe. Le combattant suprême, comme on l'appelait, était très hostile à l'idée de nationalisme arabe. De ce point de vue, il était l'anti-NASSER. Le président égyptien à la tête du plus grand pays de la région prêchait l'unification de ce monde, BOURGUIBA dirigeant d'une petite Nation n'en voulait pas.
NASSER a eu raison dans un premier temps pendant vingt ans, de 1956, de la nationalistion du Canal de SUEZ, jusqu'au milieu des années 70, avec l'embargo pétrolier qui a suivi la troisième guerre israélo-arabe. Avec ou contre les dirigeants, un rêve puissant d'unité s'est exprimé.
A partir de la fin des années 70, au moment où BOURGUIBA déclinait déjà, les accords de Camp David, la paix entre l'EGYPTE et ISRAEL, ont commencé à désagréger le front arabe et à donner raison au président tunisien.
Dès 1965, celui-ci avait invité les palestiniens à regarder la réalité en face, à accepter le partage du pays donc l'existence et la sécurité d'ISRAEL. Au fond, la pertinence de la doctrine de BOURGUIBA s'est vérifiée avec la guerre du GOLFE qui a opposé des arabes à des arabes, puis avec les négociations israélo-palestiniennes.
Aujourd'hui, il existe toujours une opinion publique arabe capable de s'enflammer sur les mêmes thèmes mais aucun dirigeant, même pas KADHAFI, ne parle plus d'unification.
Ce n'est pas pour autant un triomphe posthume pour BOURGUIBA car la laïcité qu'il prônait n'a fait que de timides percées ici et là suivies bientôt par le choc en retour de l'islamisme. Mais chaque pays de la région a acquis son individualité et suit sa voix particulière. Sur ce point le "combattant suprême" avait raison...




Comments
Il vous manque un Bourguiba au Liban.
Il faut aussi ajouter que Bourguiba est un genie de la politique. Nasser lui meme ni croit pas cette unite, mais il a voulu tout simplement dominer, et faire dominer l'hegemony de l'Union Sovietique dans le monde Arabe.
Ceci n'empeche, actuellement, avec le developpement des medias satellitaires Arabes, et le developpement des echanges commercials avec des pays Arabes (surout les pays du golf), le tourisme, les Tunisiens ont un penchant culturel et identitaire plutot Arabo-Islamique.