Sur un tarif de taxes pour les sacrifices en langue punique
Les personnes qui suivent de plus ou moins près les études sur la langue phénicienne se rappellent l'impression produite en 1846 par la publication d'une belle inscription en vingt et une lignes qui avait été découverte l'année précédente à Marseille : Remarquable d'abord par son étendue la pureté de ses caractères et son existence même au sein d'une ville anciennement rivale de Tyr et de Carthage, cette inscription, par le fond, sortait des banalités auxquelles avait été jusqu'alors réduite l'épigraphie phénicienne ; elle révélait un curieux chapitre d'institutions relatives au culte religieux, une taxe pour les divers sacrifices offerts au dieu Baal.
Un monument de même espèce et en grande partie semblable pour la forme, a été découvert à Carthage près des ruines d'un temple de Baal par Mr Davis dans le cours des explorations qu'il a faites par commission du gouvernement britannique pendant quelques unes de ces dernières années et une copie vient d'en être publiée par ce zélé voyageur dans un ouvrage intitulé "Carthage and her remains", page 278.




Comments
- [1] Inscription phénicienne trouvée en 1844 ou 45 près de la Major
- [2] C'est avec l'inscription du tombeau d'Eschmounazar, la plus longue inscription phénicienne que l'on possède. Elle énumère les sommes à payer aux prêtres pour offrir un sacrifice et fixe les parts de la victime qui doivent être assignées au prêtre ou à l'offrant. On en a conclu qu'il y avait un temple de Baal et une colonie punique. Pour l'auteur, ces affirmations ne s'appuient que sur la découverte de ce texte punique à Marseille, or il est pas douteux que ce texte punique, non plus que celui d'Avignon, n'a pas été gravé en Provence. Une étude sérieuse faite par Dieulafait
- [3] puis par Vasseur
- [4] a en effet démontré qu'elle provenait de Carthage ; un semblable étude faite sur la pierre d'Avignon a conduit Vasseur aux mêmes conclusions. Clerc prétend alors que l'inscription gravée à Carthage pour un temple de Baal qui aurait existé à la Major (cf. Vasseur). Mais il faut renoncer à cette thèse, poursuit l'encyclopédiste, car six fragments de tarif semblables à celui d Marseille ont été trouvés à Carthage ; un 7e recueilli récemment permet de restituer la 1e ligne du tarif de Marseille
- [5] On y voit que l'imposition des taxes était réglée par un collège de 30 membres présidé par le suffète en exercice et par son second. Ce collège formait une sorte de comité directeur au sein du grand sénat carthaginois; prétendra-t-on qu'il y ait eu à Marseille un temple de Baal administré par le Conseil des Trente et par les suffètes de Carthage ?
- [6] Rien donc ne permet de dire que les Carthaginois aient eu à Marseille un établissement stable (…) même s'ils ont trafiqué, ces deux pierres ne prouvent rien, elles n'ont guère pu être apportées qu'après la destruction de Carthage.
Certains caractères de la plaque de plomb d'Eyguières paraissent puniques, mais sans certitude
- [8] Castanier la situe entre 543 et 480, la rapprochant d'un inscription phénicienne trouvé à Avignon en 1897, écrit : "qu'après la bataille d'Himère, qui, sans anéantir la puissance carthaginoise, assura définitivement l'existence des colonies grecques de la Méditerranée occidentale l'état des guerre cessa peu à peu entre Carthage et Marseille ; que des relations commerciales s'établirent et qu'il y eut à Marseille une petite colonie de marchands phéniciens".
- [9] A propos de l'inscription phénicienne trouvée en 1845 tout près de la cathédrale
"gravé sur une pierre qui provient à n'en pas douter de Carthage, elle réglemente les taxes que les prêtres de Baal percevront sur les sacrifices". Il explique que cette pierre n'a pas été apportée par hasard non plus dans les temps modernes, mais "il y aurait eu à Marseille, mais en dehors de l'enceinte de la ville une petite colonie phénicienne, admise à séjourner là… les éditeurs du Corpus Inscriptionum Seliticarum déclarent que l'inscription est peut-être du Ve s. mais plus probablement du 4e". Cette indication d'époque lui fait expliquer l'existence de cette colonie, une trêve que "rompant les guerres puniques" (à rapprocher des marbres et pierres emportées comme lest, Versailles, St Germain des Près…
- [10] Nouvelles et correspondance, mention de la pierre de Marseille, une des pierres angulaires de l’épigraphie phénicienne, offre le spécimen le plus étendu , avec ce nouveau fragment plus la pierre de Marseille on obtient une restitution intégrale, tarifs des sacrifices.
Temple de Baal, tarif des taxes qu’ont établi les 30 membres préposés aux taxes ; étant en exercice le rab (président), Hillesbaal, sufte, fils de Bodtanit, fils de Bodechmoun et le sufète Hillesbaal, fils de Bodechmoun, fils de Hillesbaal et leurs collègues.
Réponse aux erreurs de la R.T., article de Vassel, au sujet d’un fragment d’inscription punique.
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[1] L.A. Constans : Encyclopédie départementale des Bouches du Rhône. t.2 (A.C.M. bib.5012) (p.19-20)
[2] Corps. inscr. semitic. I, n°165
[3] Corps. inscr. semitic. I, p.221
[4] Bulletin de la Société Archéologique de Provence, t.III, 1916, n°23
[5] Clermont-Gannau : Journal des Savants, 1921, pp. 223-29
[6] Note de L.A. Constans: Revue des Et. Anciennes, 1922, p.335
[7] Jullian : Revue des Et. Anciennes 1900, p.47-55
[8] Clerc : Origines historiques de Marseille et de la Provence 1896, Revue de l'Académie des Inscriptions 1898
[9] H. Barré : Voyageurs et explorateurs provençaux, Marseille, Barlatier, Exposition coloniale de Marseille 1906 (A.C.M. bib.850) (p.11)
[10] Journal des Savants 1921